La Complainte du (Dollorama) magasin à tout pour 1$
Pour la troisième fois en deux ans, j’ai lâché un boulot. J’ai commencé à travailler à temps plein comme emballeur dans l’épicerie, celle que je voyais d’en face quand je bossais auparavant les week-ends et un mercredi sur deux dans se casse-croûte miteux. J’en ai eu marre là aussi, j’ai donc également lâché ma job, après cinq semaines à faire du neuf à cinq ou du une à neuf ou du neuf à trois a.m.
Ne me restaient que mes deux pièces et demi, même pas au centre-ville, même pas près de rien, ainsi que SuperC et Selection Merite, mes deux chats, qui de toute façon s’en foutaient. Ma tévé captait que quelques postes: les uns en francais et deux en anglais et un autre diffusant uniquement d’interminables info-pubs.
Le jour où j’ai fait les démarches nécessaires pour accéder au bien-être social, en revenant chez moi j’ai dit des gros mots à SuperC, mon chat, oui, le blanc qui louche, seulement parce qu’il était couché sur la table de cuisine: je l’ai traité de noms, et c’était juste pour me défoulé, en riant, rire mais je me suis senti mal après et je me suis excusé.
Je me rappelle le silence, il était comme tombé sur moi, et dans ma tête et tout autour aussi. Par la fenêtre au-dessus de l’évier je voyais danser bobettes trouées, pendus à la corde à linge.
Le téléphone a émis une première sonnerie et j’ai senti mon cœur battre comme s’il s’était enfargé dans les lacets de ses souliers. Je suis trop pauvre pour un afficheur, alors j’ai pu continuer à espérer en décrochant le combiné. Mais ce n’était pas Louisette et au fond je le savais déjà. C’était un Fille avec un accent très prononcé, d’origine Indienne ou chinoise ou Suédoise, c’est vrai que pour moi c’est du pareil au même, oui je suis de ceux qui confondent les Indien des Indes avec les Amérindiens, peut-être parce que je n’ai jamais voyagé; peut-être parce que mon nombril est pour moi le début et la fin et que mes seules escapades se sont toujours exclusivement déroulées entre mes deux oreilles.
La fille s’est évertuée pendant une bonne minute à me faire comprendre qu’elle n’avait rien à me vendre pour ensuite me demander si j’avais cinq minutes de mon précieux temps à lui accorder, et ce tout en gardant un débit incroyablement rapide, comme si elle avait peur que je l’engueule ou que je raccroche.
J’ai accepté. Elle a commencé à me poser des tas de questions sur mes habitudes de vie, les journaux que je lisais et à ça j’ai répondu Le Devoir parce que j’étais gêné de dire que j’achetais le Journal La Presse, puis pour la télé j’ai dit que j’avais pas le câble et que je parlais pas anglais, alors elle a émis un petit rire comme si j’avais dit une blague, alors j’ai ri aussi pour ne pas la mettre mal à l’aise.
La radio ne me disait rien, peut-être à cause de la fille de la météo qui s’esclaffe quand ce n’est même pas drôle et de toutes ces voix qui sonnent comme, si leurs propriétaires allaient se faire bronzer à chaque semaine. Mais finalement, c’était un sondage sur rien de tout ça, je crois en fait que ces questions ne servaient qu’à me mettre en confiance. En fait, c’était un sondage sur la crème à barbe. Mais, je n’avais pas vu de pub à ce sujet ensuite, Elle m’a demandée dans quelle tranche étais-je situé, puis qu’elle était mon occupation principale.
Le curage de nez n’était pas dans les choix de réponses qu’elle m’a donnée alors, j’ai menti effrontément en disant: étudiant. Après m’avoir demandé mon salaire annuel, qui équivalait à peu près à un salaire mensuel standard, elle m’a remerciée infiniment.
J’ai eu envie de continuer à discuter, savoir s’ elle avait un copain, s’ elle aimait vraiment son emploi, jusqu’à quel âge, elle avait pissé au lit, si ses parents était divorcés
Est-ce qu’elle étudiait, est-ce qu’elle avait un char? quels étaient ses groupes préférés. Est-ce qu’elle aimait lire? J’ai ressenti cette envie très forte, presque dévastatrice, de connaître sa vie. J’avais besoin d’une amie. Mais je me suis contenté de dire de rien, merci, de rien.
J’ai fait cuire le contenu d’une boîte de Kraft Diner. J’ai tout mangé très rapidement en faisant des bruits dégoutant avec ma bouche. Après je me sentais lourd comme un éléphant, mais j’ai quand même continué à bouffer ce fut deux gros bols de crème glacée au chocolat, plus du contenu d’un vieux sac de chips qui traînaient sans mon armoire, acheter avec ma dernière paie.
J’aurais bien mangé autre chose encore, mais dans mon frigo, il ne restait qu’une bouteille de moutarde pressable, presque vide qui se tenait sur la tête, et un fond de mayo du commerce, un bout de fromage desséché et un restant de lait tellement épaissis et caillé qui était dans le fond du carton de lait.
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Après avoir porté le même t-shirt sale trois jours d’affilée, j’ai dû me rendre à l’évidence: je devais sortir. J’ai donc fourré la totalité de ma garde-robe dans un gros sac de vidange. Ça ne l’a même pas rempli au tiers de sa capacité.
Le cinéma américain a fait des laveries modèle absolu du romantisme moderne. C’est ridicule. Une laverie n’a rien de romantique. Il est faux de croire que c’est l’endroit où tout se passe pas plus que l’épicerie.
Jamais vous ne rencontrerez Jennifer Lopez dans une laverie automatique. Jamais vous n’y forgerez d’amitiés significatives, à moins que vous ne soyez doté d’un incroyable sens de l’entregent.
La laverie située à deux coins de rues de chez moi n’a du moins rien d’édifiant. Il n’y a même pas de revues intéressantes, on dirait les surplus des salles d’attentes des bureaux de dentistes et de coiffeur. On y va pour laver notre linge, mais on en ressort avec l’impression que tout est un peu plus sale. En y entrant ce jour-là, je nourrissais quand même secrètement l’espoir ridicule que quelque chose arriverait.
Que quelque chose me sauverait. Quelqu’un. Mais il n’y avait qu’une vieille femme avec de la moustache au vêtement laid et fleuris qui pliait ses grosses bobettes blanches jaunies rendus beiges. J’aurais peut-être voulu rencontrer une fille. Mais j’étais un peu las.
Chaque fois que je faisais le bilan de mes relations, des vraies rencontres, de mes aventures, l’ensemble me paraissait cruellement pathétique quand j’était jeune, et innocent et je ployais sous le poids de tout ce qui était brisé, ou irrémédiablement tordu, ou sali à jamais.
En observant mes bas dépareillés, et ces paires de jeans, dont certains me donnais l’impression d’avoir un gros cul, tourner sans s’arrêter j’ai pensé: Ce n’est pas que je les aime. C’est que je ne m’aime pas assez. Et cette image de cercle qui n’arrêtera jamais, apposée à ces mots, qui me donnait l’impression de me voir, moi, tourner pour toujours dans le vide, a fait que pour la première fois j’ai failli pleurer en observant des t-shirts sécher dans la sécheuse.
mars 22nd, 2008 at 18:29
OH LALA mon loup ce passage de ta vie est au départ tellement dérisoire et parfois drole pour devenir à la fin si plein de confidences et de douleurs !!!
oui effectivement envie de pleurer en regardant ses tee - shirt sècher , ça implique une certaine détresse qu’il m’ennuie de lire ici …
ben la grande vérité de ce post est bien que tu ne t’aimes pas assez et qu’il va falloir y remédier mon loup , c’est le seul chemin qui t’apportera un peu de sérénité , je te fais de gros bisous plein de tendresse ..
mars 22nd, 2008 at 20:09
Joyce! c’est mieux de voir le réalité que de s’en faire accroire. Toi ca t’ennuie de la lire et moi la vivre alors! on s’ennuira ensemble au moins ce n’est pas de l’ennui solitude c’est déjà moins ennuyant.
mars 22nd, 2008 at 20:25
Courage mon Gran Loup, tu sais bien que notre soutien (virtuel) t’es acquis…
je sais qu’il ne s’agit pas d’un passage de ta vie…mais bien de l’instant présent. Le roue tourne, il faudra bien qu’elle s’arrête un jour sur ta case !
mars 23rd, 2008 at 0:09
bonjour mon tiloup c’est le moment de laver non pas seulement ton linges mais aussi ta mémoire de faire place à un nouvel essor d’émotions de vivre des évènements comme si c’était la première fois.Découvre la face caché de ton ombre laisse toi aller à la lumière écoute les actes le sens des messages.
je te pose un bisou doit partir travailler je te souhaite de bonnes fêtes de Pâques.
mars 23rd, 2008 at 3:04
loup , j’espère que tu n’as pas mal compris quand je dis qu’il m’ennuie de lire , ce n’est pas la lecture qui m’ennnuie mais ton état de tristesse.. oui voila on va s’ennuyer à deux …
gg , toi tu comprends l’instant présent ,moi je comprends un passage de sa vie !! arrête de me contredire ..
biz mon loup
mars 23rd, 2008 at 8:25
Mon Chevalier des mots, je peux partager tes gorgées de thé pour mes petits doigts gelés réchauffer? Toujours autant de plaisir à voir tes traces de pas dans la neige autour de mon univers… Chez toi aussi je suis venue me promener et j’y ai vu ce texte d’une beauté puissante, un de ces textes qu’on a envie de lire à voix haute pour faire résonner les mots et les images évoquées… Autobiographique ou pas, romancé ou pas, je ne sais, mais on y voit aussi tout ton talent d’écrivain, bises à toi mon Loup préféré.
mars 23rd, 2008 at 12:39
Fiction ou réalité, ce texte n’en dégage pas moins une grande force qui chez moi, comme cela arrive très souvent, entraîne une profonde réflexion. C’est sans doute, ma condition actuelle qui veut ça.
Il vaut mieux parfois éviter de penser à ce qu’on a pas, pour se concentrer sur ce qu’on a. Tu as des acquis important, mon cher Loup de LaGare, ta grande sensibilité n’est pas la moindre de tes qualité.
Peu importe le passé que l’on possède, heureux ou malheureux, cela demeure néanmoins un trésor qui s’appelle l’expérience de la vie. Toutes ces expériences ne doivent pas rester vaines. Nous devons les utiliser afin de mieux comprendre qui nous sommes nous-même, nous devons nous en faire des alliées.
Nous sommes tous avec toi !!!
mars 23rd, 2008 at 19:13
Scrib c’est justement et authentiquement autobiographique ce texte et ma case comme tu dis j’en ai pas et ni de chance ou la chance macabre oui je l’ai j’attrape toutes les foutus maladies qui rôdent autour oui elle tombent sur ma case
mars 23rd, 2008 at 20:48
Melody je le suis dans la semi-ombre de l’incognito et fêter la pâque de la conserve avec le jambon en canne et les bines et les fruits en cannes
mars 23rd, 2008 at 20:53
En effet Joyce,Scrib fait souvent le ptit malin et prend tout au premier degrée sans nuance et voilà ce sont des états de fait et je suis le nouveau guenillou des blogues
mars 23rd, 2008 at 20:56
Altesse loulene complètement autobiographique et que cela et pas du tout romancer, beaucoup plus imagés… image dure et sale et repoussante des mal-aimés, des tolérés, des mis de coté.
mars 23rd, 2008 at 21:00
Biquetto eviter de penser a ce que je n’ai pas… je n’ai rien alors on pense a quoi? à rien ou j’ai mon trou dans le fond de culotte a l’envers ou a l’endroit du vetement il y’a le trou mais si je ne peux pas penser a ce que je n’ai pas alors la reprise de la couture se fait du vide et l’on ne couds pas le vide.
mars 24th, 2008 at 14:30
C’est bon, Loup !!!
On s’en reparlera dans sept ans !!!
mars 25th, 2008 at 11:06
Non! trop long 7 ans sans te jaser quelque part sur le net.
mars 25th, 2008 at 11:41
Là mon cher Loup de LaGare Windsor, tu parles !!!
Je comprends que tu puisses éprouver du désarrois face à cette nouvelle épreuve que tu as à subir en ce moment. Mais je refuse d’accepter que tu t’accroches à ce désespoir sans réactions positives de ta part.
C’est sûr, que je vais garder le contact avec toi, sois en assuré ! Et il est certain que tu n’auras pas à attendre 7 ans avant de me rencontrer, ce n’est plus qu’une question de jours, maintenant !!!
Bob courage mon ami !!!
mars 25th, 2008 at 14:25
Ah oui Isatis une question de jour? et si je suis noctambules est-ce qu’on doit compter les nuits :-)j’aime la lune c’est une amante fidèle, je sais toujours ou elle est et elle me sourit toujours à sa façon qu’elle sois pleine ou en quart ou même ennuagée je la sais là pour moi
mars 25th, 2008 at 15:42
Si tu es noctambule avec la lune, ton amante fidèle, je serai forcément pendant ce temps, dans les bras de Morphée, mon amant fidèle
Alors durant ce laps de temps, forcément, nous ne pourrons communiquer que par le biais de messages sur le net, en attendant que tu redeviennes diurne.
mars 25th, 2008 at 16:46
Isatis Je pense que le fais d’être noctambule c’est plus ” d’avoir la chienne” comme on dit en bon québecois…pour nos amis “del’autre bord ” je pense qu’il disent que j’ai le trouillomètre à zéro. ah le courriel ou le commentaire bloguesque est sécurisant mais bon. je ne pense pas avoir tant de choses intéressante à dire a quelqu’un “live” ou c’est encore des excuses pour pas faire face.
Ah c’est compliqué des fois d’être un humain, On s’en fait toujours Trop!